En 1518, Fernand de Magellan (Fernão de Magalhães en portugais) avait proposé son idée d’atteindre les Moluques pour obtenir des épices au roi Manuel I du Portugal. Face à son refus, il présente son projet au jeune empereur Carlos I d’Espagne et V d’Allemagne, alors le plus puissant monarque de l’époque. En plein expansionnisme du royaume de Castille, l’empereur a soutenu la compagnie et a donné à Magellan l’argent nécessaire pour affréter cinq navires avec 245 hommes. L’expédition allait être économiquement très rentable s’ils parvenaient à faire du commerce aux îles Moluques et à y obtenir les précieuses épices: clous de girofle, cannelle, poivre, gingembre, noix de muscade …

Pourquoi les épices étaient-elles importantes?

Por qué eran importantes las especias en la primera vuelta al mundo

Dans l’Europe du XVIe siècle, les épices étaient presque ou beaucoup plus appréciées que l’or. Leur valeur résidait d’une part dans la conservation des aliments et ils étaient également un ingrédient pour les parfums, les recettes médicales et un luxe pour les plats dans une Europe de plus en plus riche et raffinée. Comme la soie, la porcelaine et bien sûr l’or et l’argent, il y avait une grande demande d’épices. Et l’endroit pour les trouver était loin, à l’autre bout du monde, dans les Iles aux épices , appelées aussi Moluques et correspondant aujourd’hui à l’archipel indonésien.

Pour y arriver, il y avait la route habituelle bordant l’Afrique et traversant l’océan Indien. Mais cette zone était sous le pouvoir portugais. Une nouvelle route a surgi dans l’esprit de Magellan, naviguant vers l’ouest à travers l’Atlantique, trouvant un passage vers le Pacifique (connu plus tard comme le détroit de Magellan) et arrivant après le long voyage vers les îles aux épices. Le voyage de retour se ferait à la frontière de l’Inde, traversant l’océan Indien et se rendant à l’Atlantique en entourant l’Afrique.

Trois années d’aventure et de difficultés ont duré ce voyage. Sur les 245 hommes qui sont partis, seuls 18 ont survécu, sur les cinq navires qui ont commencé l’expédition, un seul, avec un nom symbolique, est retourné à Séville: le Navire Victoria.

En chemin, des émeutes, des naufrages, des maladies, des luttes internes et avec les indigènes menaçaient le voyage. Cependant, malgré le grand nombre de pertes humaines, l’objectif de l’expédition a été atteint: ils ont réussi le commerce, sont revenus chargés d’épices et c’était aussi la première fois que la rondeur de la Terre était démontrée à 100%. Un objectif qu’ils ne recherchaient pas au début, mais ils avaient fait pour la première fois dans l’Histoire le premier tour du monde.

Pourquoi Séville

Magallanes y Elcano: La primera vuelta al mundo 1519-1522

La ville andalouse a été le point de départ et d’arrivée de ce voyage.

Séville est devenue en 1503 le centre mondial du commerce avec l’Amérique. Cette décision de la reine Isabel de Castille était motivée par la position stratégique de la ville andalouse traversée par un fleuve, le Guadalquivir, navigable jusqu’à son embouchure à Sanlúcar de Barrameda, permettant l’arrivée des navires à 80 km à l’intérieur des terres. Cela a rendu Séville beaucoup plus sûre que toute autre ville de la côte atlantique. Le Guadalquivir a donc été la porte d’entrée des premiers produits issus du Nouveau Monde: tomates, maïs, tabac ou cacao. Et bien sûr, l’or et d’énormes quantités d’argent provenant des mines du Mexique et de Potosí à Bolivie. Toutes les expéditions outre-mer étaient gérées par la Maison du Commerce dans les dépendances actuelles du Real Alcazar de Séville.

Le port de Séville en août 1519 a vu les cinq navires commandés par Fernand de Magellan à la recherche des îles des espèces, partir vers Sanlúcar de Barrameda d’abord puis vers l’ouest.

Un portugais et un espagnol

Magallanes y Elcano: La primera vuelta al mundo 1519-1522

Fernand de Magellan, capitaine et idéologue de l’expédition a organisé cette entreprise avec l’aide du cosmographe portugais Rui Faleiro. Cependant, l’expédition comprenait également des hommes de 10 nationalités, dont 166 espagnols.

Magellan a eu le malheur de mourir au milieu du voyage dans une escarmouche avec les indigènes des Philippines (ils seront appelés ainsi des années plus tard en l’honneur du roi Felipe II). La chance voulait qu’un marin basque expérimenté de Guetaria (Guipúzcoa), Juan Sebastián Elcano, commande l’expédition. C’est lui qui a mis fin au voyage à Séville le 13 août 1522 lorsque le Navire Victoria battu avec 18 survivants a gravi le Guadalquivir et est arrivé dans notre ville.

De telle sorte que l’exploit était partagé par deux navigateurs, de deux nations différentes: un espagnol et un portugais.

Le premier tour du monde a été fait, et avec ça la rondeur de la Terre a été démontrée, car toujours en marchant dans la même direction, le point de départ a été atteint. L’empereur Carlos I, en recevant Juan Sebastián Elcano, lui a donné comme bouclier un globe avec la légende latine: Primus circumdedisti me (« Tu a été premier qui m’as entouré »). Et aussi 500 ducats de revenus par an.

Que pouvons-nous voir à Séville par rapport au premier tour du monde

Qué podemos ver en Sevilla en relación con la Primera vuelta al Mundo

En plus du fleuve Guadalquivir, qui a été témoin du commerce et expéditions vers le Nouveau Monde et plus loin, il y a des lieux et monuments historiques à Séville qui nous informent et illustrent sur cet événement important et l’histoire de la capitale andalouse au 16ème siècle. Ce sont les plus remarquables:

  • Tour de l’Or: Construite comme partie des remparts au XIIIe siècle par les musulmans, elle fut le point de départ et d’arrivée des voyages aux Indes. Aujourd’hui, il abrite un musée naval intéressant qui expose clairement les principaux événements du premier tour du monde.
  • Archives des Indes. Déclarée site du patrimoine mondial par l’Unesco, elle abrite un véritable trésor à l’intérieur. Il y a toute la documentation sur ce voyage. Malheureusement pour nous, les documents sont réservés aux chercheurs et il y en a très peu qu’ils révèlent au grand public. L’impressionnante exposition « Le Voyage le plus long » sur le voyage autour du monde que l’Archive a accueilli de septembre 2019 à février 2020 peut maintenant être visitée dans la ville basque de San Sebastián.
  • Monument à Juan Sebastián Elcano. Fontaine construite dans les années 70 par le sculpteur Antonio Cano Correa. C’est l’hommage de Séville à la figure de ce navigateur basque.
  • Monument au Premier tour du monde sur la rue Adriano. C’est plus récent, inauguré en 2014, ce monument en marbre rappelle l’expédition. Il est stratégiquement situé dans l’ancien Monte del Baratillo au Barrio del Arenal, un quartier de marins à l’époque.
  • Sphère armillaire-Mile 0 à côté du « Muelle de las Mulas » sur la Plaza de Cuba. De là, ils sont partis et ici les expéditionnaires sont revenus. A quelques mètres de la Tour de l’Or, cette grande sphère est un hommage aux expéditions scientifiques qui ont changé notre monde.
  • Chapelle de la Virgen de la Antigua (Cathédrale de Séville). Dans la plus grande chapelle de la cathédrale, cette image précieuse d’une Vierge gothique a été particulièrement vénérée au XVIe siècle. Nos expéditionnaires se sont confiés à elle et les 18 survivants sont revenus rendre grâce pour le retour. Une plaque sur le sol à l’entrée de la chapelle rappelle le nom et le métier de ceux qui sont revenus.
  • Fondation Nao Victoria et réplique du Navire Victoria. À côté de la rivière, au rez-dechaussée au Paseo Marqués del Contadero. C’est actuellement l’exposition la plus intéressante et concrète que nous ayons sur le Premier tour du monde de Magellan et Elcano. Bien qu’il ne soit pas très étendu, le voyage est raconté de manière didactique et il nous permet surtout de visiter la réplique du navire principal ancré au bord du fleuve. Pendant un certain temps, nous pouvons nous sentir comme des marins d’il y a 500 ans qui ont navigué sur des mers inconnues et effectué des exploits sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Sculpture baroque au Musée de Beaux-Arts de Séville (Novembre 2019-Mars 2020)

Le sous-titre de cette exposition est « maître des maîtres » et cela est vrai, car il ne faut pas oublier que son art a été hérité par des sculpteurs tels que Juan de Mesa ou Francisco Antonio Ruiz Gijón, auteurs des Christs du « Gran Poder » ou le Christ du « Cachorro » qui nous pouvons contempler dans les processions de la Semaine Sainte à Séville.

Mais notre protagoniste d’aujourd’hui avait déjà en son temps le surnom de « Dieu du bois ». Juan Martinez Montañés est né dans une ville prés de Jaén (Andalousie) en 1568. À cette époque, le centre artistique le plus important du sud de la péninsule était Séville. Juan Martínez s’est donc rendu dans la capitale andalouse pour travailler ses sculptures. Ici, il pourrait avoir de nombreuses commissions des couvents et des églises qui inondaient la ville. Ses sculptures religieuses sont de splendides exemples de naturalisme et de réalisme. Les San Jean Evangeliste, San Jean Baptiste, Immaculée Conception, Christs et Enfants Jesus nous surprennent encore aujourd’hui 400 ans plus tard pour leur qualité et leur maîtrise, cela ne nous étonne donc pas qu’en leur temps ils le considéraient comme le « Dieu du Bois ».

Actuellement, nous avons une magnifique occasion de voir 57 de ses meilleures œuvres réunies dans une exposition du Musée des Beaux-Arts de Séville.

Pourquoi le bois

Por qué la madera | Martínez Montañés

En Italie, les sculptures ont été réalisées principalement en marbre, cela était dû à l’abondance de ce matériau dans le pays. Les meilleures sculptures de Michel-Ange ou Bernini ont été réalisées dans un beau marbre blanc.

Cependant, dans la Péninsule ibérique, il était à l’origine travaillé en terre cuite ou en argile cuite, dans ce matériau c’est le San Jerôme de Pietro Torrigiano du Musée des Beaux-Arts, un sculpteur italien, collègue de Michel-Ange, qui a introduit le naturalisme en Espagne mais qui a utilisé un matériau local comme l’argile cuite.

Peu à peu, les sculptures sont faites en bois, ce qui a permis de travailler avec plus de détails et il était un matériau plus solide, pas aussi lourd que le marbre, d’un poids plus modéré et qui permettait de transporter ces sculptures en procession. Cettes processions religieuses qui ont commencé à devenir populaires dans ces pays.

La feuille d’or

Les sculptures en bois étaient cuites et polychromes. L’application de la feuille d’or est une technique qui consiste à recouvrir des feuilles d’or (également des feuilles d’argent ou de cuivre) sur le bois, des feuilles de métal qui impriment cette teinte dorée sur les surfaces sur lesquelles il est placé. Ensuite, avec différents pigments ces feuilles sont recouvertes, et enfin en grattant ces dernières couches, des dessins sont réalisés et colorés (polychrome) exposant l’or sous-jacent. Comme vous pouvez l’imaginer, c’est une procédure très coûteuse mais avec un résultat brillant, d’une grande couleur et richesse artistique.

Normalement, le sculpteur ne s’occupait pas de cette étape mais était réalisé par un autre artiste. Souvent, les sculptures de Montañés étaient polychromes et dorées par Francisco Pacheco, peintre, écrivain et enseignant, mieux connu pour être le beau-père de Diego Velázquez.

Quelles sont les meilleures sculptures de Martínez Montañés

Ses œuvres les plus importantes de la sculpture baroque andalouse sont montrées dans l’exposition du Musée des Beaux-Arts.

Le Christ de Clémence a toujours été considéré comme l’une de ses plus grandes œuvres. Il l’a fait pour le chanoine de la cathédrale Vazquez de Leca, un riche religieux qui a commandé le faire pour sa dévotion personnelle. Avec le temps, il serait exposé dans la cathédrale de Séville. Cette sculpture de 1,80 mètre, aux détails étonnamment exacts qui nous montrent les muscles et les veines d’un Christ crucifié, a été un modèle pour tous les sculpteurs des générations futures.

La Cieguita | Martínez Montañés

On n’oublie pas une autre œuvre clé, la soi-disant Cieguecita, « la petite aveugle ». Il s’agit d’une sculpture représentant l’Immaculée Conception, haute de 1,64 m. Ses yeux au regard bas et modeste qui donnent l’impression d’être aveugle sont à l’origine de son surnom. Cette sculpture fut rapidement célèbre pour sa grande beauté et sa délicatesse. Son visage serein et ses proportions harmonieuses en font l’une des œuvres les plus abouties de son auteur. L’Immaculée était un thème très répété dans la peinture et la sculpture, accompagné de ses éléments habituels tels que la couronne de douze étoiles, le manteau bleu, les pieds sur le croissant de lune ou les têtes d’anges à ses pieds qui le propulsent vers le ciel.

Mais Montañés a également travaillé pour les monastères sévillans les plus influents de l’époque. Pour San Isidoro del Campo, un monastère de e l’Ordre de saint Jerôme à la périphérie de Séville, il a fait un splendide retable dans lequel se trouvent les sculptures en prière de Guzmán el Bueno et de son épouse Maria Alonso Coronel, fondateurs du monastère médiéval. Aussi San Jean Evangelistae et un San Jerôme Pénitent étonnamment réaliste.

L’Enfant Jésus de l’église du Saint Sacrement, le Christ de la Passion ou le San Christophe de l’eglise de Saint-Saveur sont également parmi ses chefs-d’œuvre.

Diego Velázquez et Juan Martínez Montañés, artistes contemporains

Juan Martínez Montañes, o el Dios de la madera

Parmi les artistes contemporains du sculpteur figurent l’écrivain Miguel de Cervantes et les peintres Rubens ou Velazquez lui-même.

Nous avons la chance d’avoir un portrait de Martinez Montañés réalisé par ce dernier. Le peintre Velazquez un peu plus jeune que le sculpteur, travaillait à Madrid pour le roi Felipe IV mais le fait d’être de la même ville, Séville, et qu’ils étaient tous deux artistes et fréquentaient les mêmes cercles, le conduisit à faire un portrait du «dieu du bois » en 1635, profitant du fait que le sculpteur fut appelé à la Cour pour faire un buste du roi qui voulait l’envoyer à Florence. Ce buste serait alors le model de la statue de Philippe IV de Espagne qui orne la Plaza de Oriente à Madrid.

L’epidémie de peste noire de 1649

Velázquez y Montañés, artistas contemporáneos

L’épidémie catastrophique de Peste Negra cette année a coûté la vie à près de la moitié de Séville et parmi eux celle de Montañes, qui avait déjà 81 ans.

Au cours de sa longue vie, il nous a laissé d’incroyables sculptures de la plus haute qualité. Heureusement, nous pouvons les voir tous ensemble aujourd’hui dans cette exposition intéressante qui a ses portes ouvertes jusqu’au 15 mars 2020.

A ne pas manquer!